Réaffecter la voirie peu circulée : un levier stratégique pour les modes actifs en territoires peu denses
Le 19 février 2026, le Réseau vélo et marche a organisé un webinaire explorant le potentiel de réaffectation de la voirie peu circulée pour favoriser les modes actifs dans les territoires peu denses. Cet événement était organisé dans le cadre du programme AVELO de l’Ademe dans l’accompagnement des territoires peu denses. Le webinaire était structuré autour de deux études : l’une portée par l’ADEME avec la société BL Évolution et une autre de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) accompagnée par la société Vizéa.
Cet article vise à résumer les enjeux présentés et les échanges qui ont eu lieu lors du webinaire.
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Potentiel de changement de classification des routes pour développer les usages des modes actifs et/ou légers
Et si la solution pour proposer un réseau cyclable sécurisé se trouvait dans nos routes existantes ?Cette étude réalisée par BL évolution pour l’ADEME révèle un potentiel massif : sur les 1,1 million de kilomètres de voirie en France, seuls 345 000 km sont indispensables au transit motorisé. Près de 400 000 km pourraient ainsi être requalifiés en priorité pour les modes actifs et légers sans nuire à la circulation. Face au coût croissant de l’entretien routier, changer l’usage de ces voies peu circulées devient stratégique pour le milieu rural. De la modération de vitesse à la modification d’accès, l’étude propose un mode d’emploi complet pour aider les collectivités à transformer l’existant en itinéraires continus et attractifs.
Comment mieux partager la route pour développer le vélo en territoire peu dense ?
La Fondation pour la Nature et l’Homme présente une méthode pour développer le vélo en territoires ruraux et périurbains sans bétonner davantage. Le constat est éclairant : il suffirait de mobiliser 3,5 % du réseau routier pour créer des itinéraires cyclables continus et sécurisés, pour un coût divisé par six et avec 40 fois moins d’artificialisation qu’une piste classique.
Pourquoi la réaffectation de voirie est un levier majeur pour le maillage cyclable et marchable ?
Les territoires peu denses en France sont fortement dépendants de la voiture, ce qui pose des défis environnementaux, économiques, sociaux et de santé publique.
Avec 1,1 million de kilomètres de rues et de routes, la France dispose du réseau viaire le plus dense d’Europe. Or, dans la mesure où une grande partie de ce réseau est sous-utilisée ou surdimensionnée, la réaffectation d’une partie de la voirie apparaît comme une solution pragmatique pour développer rapidement, et à moindre coût économique et environnemental un réseau cyclable sécurisé et ainsi favoriser le report modal. Le faible coût de l’intervention révèle sa pertinence alors que les collectivités locales voient leurs budgets de plus en plus contraints, et ce en l’absence de financements nationaux.
Principales conclusions
Étude ADEME/BL Évolution
L’étude de l’ADEME et BL Évolution a mis en avant un algorithme de détection des voies à faible trafic. Cet algorithme identifie les routes propices à la réaffectation en se basant sur des critères de distance, de sécurité, et de mixité. Les résultats montrent un potentiel de 61 000 à 325 000 km de voirie réaffectable à l’échelle nationale. L’étude souligne l’importance de la concertation et de l’expérimentation pour valider les propositions théoriques.
Étude FNH/Vizéa
La méthodologie de la FNH et Vizéa repose sur une modélisation nationale et territoriale. D’après les résultats de cette étude, en mobilisant seulement 3,5 % de la voirie, il est possible de déployer un réseau cyclable cohérent et interconnecté. L’étude estime que la réaffectation pourrait coûter entre 12,5 et 18,5 milliards d’euros à l’échelle nationale, soit une fraction du coût d’un réseau cyclable entièrement en site propre, estimé par l’étude entre 54 et 108 milliards d’euros.
Mise en œuvre technique
L’étude de l’Ademe présente les différents dispositifs techniques pour mettre en œuvre la requalification de voirie après modification du plan de circulation pour hiérarchiser le réseau routier selon une catégorisation axes principaux / axes secondaires / les axes de desserte (voir illustration ci-dessous). Les éléments de l’Ademe sont aussi complété par les collections du Cerema et par une publication de l’AF3V (voir ressources à la suite de cet article) qui vise servir d’outil d’aide à la décision en présentant les solutions techniques tout en abordant les enjeux de gourvenance propres aux contexts de requalification.
Infrastructure : Adapter les voies aux modes actifs
La réaffectation repose une modification du plan de circulation combinée, au besoin, à des aménagements sobres : revêtements lisses (enrobés pour chemins ruraux), créneaux de dépassement pour les véhicules agricoles, créneaux et ralentisseurs pour modérer les vitesses du trafic motorisé. Les chemins d’exploitation réaménagés conservent l’accès aux tracteurs tout en devenant cyclables. Des barrières amovibles ou écluses à tracteurs filtrent le trafic motorisé tout en autorisant les engins agricoles. Il est aussi commun d’ajuster les aménagements avec une progression d’expérimentations. Ces infrastructures, parfois réversibles, ont l’avantage d’allier sobriété budgétaire et efficacité.
Signalétique : Clarifier et sécuriser les usages
Une signalétique adaptée est cruciale pour clarifier et sécuriser les voies réaffectées. Les collectivités utilisent des panneaux réglementaires (B7b pour interdire les véhicules motorisés, sauf exceptions ; C115 pour les voies vertes) et des panneaux pédagogiques (ex. : « chemin rural » avec tracteur, vélo et piéton). Les marquages au sol (pictogrammes, flèches, temps de trajet) complètent ces dispositifs, en privilégiant des matériaux antidérapants. Une concertation locale renforce l’acceptabilité sociale et réduit les conflits d’usage, comme illustré par la Communauté de Communes Erdre et Gesvres.
Des enseignements partagés
Les deux études convergent vers plusieurs conclusions majeures :
- La réaffectation de la voirie est une solution économique et rapide pour développer les infrastructures cyclables.
- Elle permet de réduire l’artificialisation des sols et les émissions de CO2, tout en améliorant la qualité de vie des habitants.
- La concertation avec les habitants et les acteurs locaux est essentielle pour assurer l’acceptabilité sociale des projets.
Recommandation des études :
- Évaluer le potentiel cyclable des voiries locales pour identifier les tronçons réaffectables.
- Prioriser la réaffectation dans les schémas directeurs cyclables et les financements publics.
- Renforcer l’ingénierie territoriale et le soutien aux études de faisabilité, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
La réaffectation de la voirie peu circulée représente une opportunité majeure pour les territoires peu denses. En combinant innovation, concertation et planification stratégique, il est possible de transformer le réseau routier existant en un levier pour les mobilités actives, au bénéfice de l’environnement et des habitants.
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Luc Berman
Potentiel de changement de classification des routes pour développer les usages des modes actifs et/ou légers
Et si la solution pour proposer un réseau cyclable sécurisé se trouvait dans nos routes existantes ?Cette étude réalisée par BL évolution pour l’ADEME révèle un potentiel massif : sur les 1,1 million de kilomètres de voirie en France, seuls 345 000 km sont indispensables au transit motorisé. Près de 400 000 km pourraient ainsi être requalifiés en priorité pour les modes actifs et légers sans nuire à la circulation. Face au coût croissant de l’entretien routier, changer l’usage de ces voies peu circulées devient stratégique pour le milieu rural. De la modération de vitesse à la modification d’accès, l’étude propose un mode d’emploi complet pour aider les collectivités à transformer l’existant en itinéraires continus et attractifs.
Comment mieux partager la route pour développer le vélo en territoire peu dense ?
La Fondation pour la Nature et l’Homme présente une méthode pour développer le vélo en territoires ruraux et périurbains sans bétonner davantage. Le constat est éclairant : il suffirait de mobiliser 3,5 % du réseau routier pour créer des itinéraires cyclables continus et sécurisés, pour un coût divisé par six et avec 40 fois moins d’artificialisation qu’une piste classique.
Réaffectation de voies : valoriser le réseau rural au service des mobilités actives – AF3V
Dans un livret pensé comme un outil d’aide à la décision pour les collectivités, l’AF3V se penche sur une solution peu coûteuse pour développer les mobilités actives dans des territoires dominés par la voiture. Témoignages, retours d’expériences et clés méthodologiques visent à inspirer les élus, à l’approche des municipales.
Pour aller plus loin
- Collection de publications du Cerema
- Réaffectation de voies : valoriser le réseau rural au service des mobilités actives, AF3V, 2026
- Système Alternatif de Mobilité, Forum Vies Mobiles, 2025
- Apaiser les vitesses : enjeux et solutions pour des routes plus sûres, Cerema, 2025
- Aménager le réseau cyclable en dehors des agglomérations, DGITM, 2024
- Développer le vélo en grande couronne, les clés de la réussite, Collectif Vélo Île-de-France, 2024
- Guide technique cyclable hors agglomération du département du Morbihan, Département du Morbihan, 2024
- Assurer la sécurité des cyclistes en milieu rural, Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), 2023
- Rendre possible le développement du vélo en territoires peu denses, Réseau vélo et marche (CVTCM), 2022
- Outil de calcul et d’évaluation de la qualité des itinéraires en VELI, ADEME-Someware