L’intersection ou l’angle mort de l’aménagement ? Protéger les cyclistes pour développer la pratique hors agglomération
Alors que la sécurisation des modes actifs est essentielle pour garantir le développement de la pratique, particulièrement hors agglomération où les efforts à mener sont conséquents, le programme des premières Rencontres du Réseau vélo et marche consacrait un atelier à l’aménagement des intersections hors agglomération. En effet, la sécurisation des trajets ne pourra se faire sans une réflexion approfondie sur les carrefours et les traversées de routes. Retour sur quelques exemples présentés lors de cet atelier organisé en partenariat avec le Cerema.
Les intersections hors agglomération : quelle spécificité ?
Les règles d’or d’un carrefour cyclable, rappelées par Flavien Lopez chef de projet au Cerema, en début d’atelier, sont désormais bien connues : lisibilité, continuité, visibilité, apaisement, efficacité, compacité, priorité et adaptation aux contextes. Les exemples inspirants sont de plus en plus nombreux. Toutefois, ces derniers sont majoritairement déployés dans les centres urbains. Qu’en est-il hors agglomération ? Alors que les recommandations techniques existent, la doctrine reste en construction dans ces espaces. Les configurations dangereuses sont nombreuses et parfois difficiles à aménager pour plusieurs raisons parmi lesquelles : des niveaux de trafic importants, des vitesses élevées, la multiplicité des gestionnaires de voirie, des réglementations ou des visions politiques hétérogènes.
Cet atelier proposait ainsi des échanges autour de quelques exemples d’aménagements réalisés hors agglomération par le département du Morbihan, la Collectivité européenne d’Alsace, l’Agence écomobilité Savoie Mont-Blanc, la métropole de Tours, le bureau d’études Solcy, ainsi que Transitec, venu présenter quelques exemples suisses.
Les départements en première ligne : producteurs de référentiels et de doctrines
La Collectivité européenne d’Alsace a défini un référentiel de traitement des intersections, conçu à la fois comme un outil interne et comme support de travail avec les EPCI. Décliné sous forme de fiches, il vise à améliorer la sécurité des usagers, à uniformiser les aménagements et à guider les maîtres d’ouvrage dans le choix du type de franchissement. Réalisés grâce aux ressources et doctrines nationales existantes, ces fiches sont complétées d’expériences internes et de retours usagers.
Dans le Morbihan, le département s’est doté d’un guide technique des aménagements dans le cadre de sa politique cyclable. L’occasion d’intégrer des grands principes en matière de gestion des intersections et de faire évoluer certains principes d’aménagements.
Pour une intelligence territoriale : s’adapter aux contextes et aux gestionnaires de voirie
En Haute-Savoie, sur le réseau à haut niveau de service du Grand Annecy, le franchissement d’une bretelle d’accès à une voie rapide située hors agglomération a fait l’objet d’une requalification. Les travaux ont permis de reprendre la géométrie et le marquage d’une traversée au caractère très routier – marquage ambigu, une géométrie défavorable aux cycles et accidentogène. Si la priorité reste aux véhicules motorisés, le stop a été transformé en cédez-le-passage et les vitesses des véhicules motorisés apaisées grâce à un travail sur la géométrie de l’intersection. La traversée, quant à elle, a également été sécurisée grâce à une surélévation avec rampants et la mise en place d’un éclairage bas à détection. Cette requalification a permis l’intégration d’une continuité piétonne à cette traversée.
À Tours, la métropole travaille la continuité de ses sorties d’agglomération, ce qui passe par la transformation de giratoires en giratoires dits « à la hollandaise ». Sur ces espaces, les largeurs de giratoires sont réduites permettant ainsi la réalisation de continuités cyclables qualitatives suivants ces cinq objectifs : continuité, sécurité, performance, confort lisibilité.
Agir malgré les contraintes : expérimenter, évaluer et adapter
Ce que cet atelier a mis en évidence, c’est le besoin d’expérimenter face à des configurations multiples et des spécificités locales. Certaines doctrines, de plus en plus adaptées à la réalité de ces contextes hors agglomération, commencent à se dessiner.
Pour que ces expérimentations soient valables, ils doivent impérativement être suivies et évaluées. C’est la raison pour laquelle l’Agence écomobilité Savoie Mont-Blanc complète le suivi quantitatif de la réfection de la traversée de bretelle du Grand Annecy par un suivi qualitatif. Les observations in situ montrent déjà une bonne appropriation de l’aménagement. La priorité est par ailleurs laissée aux cyclistes par les véhicules motorisés dans 2 cas sur 3 lors des périodes d’observation.
Les collectivités travaillent régulièrement avec le Cerema pour faire suivre leurs nombreuses expérimentations locales. Plus elles seront nombreuses, plus il y aura de matière pour nourrir des recommandations nationales mieux adaptées hors agglomération notamment.
Lucille Morio
Pour aller plus loin :
Article publié avec le soutien de l’ADEME au titre des travaux réalisés par le Réseau vélo et marche à destination des territoires peu denses.
Guide « Aménager le réseau cyclable en dehors des agglomérations » – DGITM
Elaboré par la communauté « modes actifs » du département Transition Écologique, Doctrine et Expertise technique de la Direction des Mobilités Routières, ce guide propose des recommandations pour améliorer la sécurité et l’accessibilité des cyclistes dans les zones rurales et périurbaines. Destiné aux autorités organisatrices de la mobilité et aux gestionnaires de réseaux routiers, il vise à encourager l’usage du vélo dans des environnements où les distances et le relief peuvent être des obstacles
Guide technique cyclable hors agglomération du département du Morbihan
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